Jonathan Coe La vie très privée de Monsieur Sim (Gallimard, 2011, 453 pages)Par Nathalie L.
Jonathan Coe est un auteur rare, un de ceux qui en 15 ans, n'ont jamais écrit un roman faible, tout en explorant plusieurs univers. Si le canevas est toujours social, les univers peuvent être aussi variés que celui des Nains de la mort, thriller décalé sur fond de pop-music, ou encore celui de Testament à l'anglaise, portrait à l'acide des années Thatcher. Réalisme politique qu'on retrouvera d'ailleurs dans l'excellent diptyque Bienvenue au Club et Le cercle fermé, portrait en creux de l'Angleterre de Thatcher, puis de celle de Tony Blair.
Son nouveau roman retrouve ce fameux understament cher aux Anglais, c'est-à-dire cette capacité à rendre cocasse des situations dramatiques, un genre ou de nombreux chanteurs anglais excellent, Morrissey, Neil Hannon, Jarvis Cocker entre autre ; je dis "retrouve" en effet, ce trait caractéristique de son écriture était absent de son roman précédent, le très intimiste et émouvant La pluie avant qu'elle ne tombe.
Le héros de ce nouveau roman, Maxwell Sim est un loser, et sa vie est un désastre : salarié au SAV d'un grand magasin londonien, en congé maladie pour dépression (sa femme l'a plaqué, sa fille pré-adolescente le méprise), il décide de remonter le cours de son histoire (et de sa vie) en partant pour un étrange voyage initiatique, vers les Shetlands, afin d'y vendre des brosses à dent révolutionnaires. Trajet durant lequel il tombera amoureux de la voix son GPS, avant de voir s'écrouler une à une les quelques certitudes ou souvenirs fondateurs de son histoire personnelle.
Mais Maxwell Sim est un loser magnifique, la cocasserie des situations (y compris de certaines pourtant très humiliantes) le rendent immédiatement attachant. Le roman est par ailleurs rythmé par des ruptures de style, au gré des 'pièces à conviction' qu'il découvre et qui raconte des événements passés de sa vie (courrier, manuscrit, devoir universitaire...). On l'accompagne dans sa douce folie (ses échanges avec le GPS valent le détour) sur cette drôle de route 66 qui traverse les paysages de son enfance.
Le roman commence en Australie, et s'y achève, après cette véritable épopée tragi-comique, avec une résolution sous la forme d'un élégante et perverse pirouette que je me garderai de livrer ici. Lisez donc. Vous verrez bien !
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