
Patti Smith - Just Kids (2010 - 304 pages)
Nathalie L.
On peut dire beaucoup de choses sur Patti Smith : entre autre, que sa carrière musicale est largement surestimée. Son premier single, Hey Joe était une reprise déjà consacrée par Jimi Hendrix 8 ans plus tôt et arrangée par un guitariste de génie, Tom Verlaine. Son meilleur album, Horses, s'ouvrait sur une reprise de Them, le groupe de Van Morrisson. Quand au tube universel, Because the Night, c'est à Springsteen qu'elle le doit. Bref, celle qui fut souvent décrite comme la marraine du punk, a du plomb dans l'aile après ces quelques lignes. Et il n'est pas franchement conseillé d'écouter l'ensemble de sa discographie, le doute ne fera que se transformer en certitude : Patti Smith n'est pas une artiste majeure même si Horses, et dans une moindre mesure Easter, restent des albums classiques.
Pourtant, sur la scène de Bercy où elle ouvrait pour REM, en juillet 1999, elle dégageait une aura incroyable. Une grande silhouette toute mince, des nattes de squaw, une petite veste noire, un charisme débordant au point d'électriser les premiers rangs. Et aujourd'hui, dans Just Kids, c'est la conteuse qui nous ravit.
Dans cette histoire personnelle (le terme est plus adapté que biographie) elle raconte Robert Mapplethorpe, sa relation protéiforme avec lui, maîtresse, soeur et mère à la fois durant plus de 20 ans, de leur rencontre sur les trottoirs de Brooklyn à sa mort en 1989. Il y a beaucoup de pudeur dans les lignes qui racontent son histoire amoureuse avec lui, l'objet du livre est bien de tenter d'approcher ce qui fait l'inspiration, ce qui déclenche l'acte de créer (en l'occurence des bijoux, des collages, des poèmes puis des chansons, des photos), dans une période où tout était possible. Le New-York décrit est une ville en plein bouillonnement culturel, la partie qui se déroule au Chelsea Hotel puis dans les célèbres club Max's et CBGB est tout simplement fascinante. Il y a beaucoup d'humilité aussi, ce n'est pas la biographie de ce cabotin de Keith Richards, et de simplicité dans la description qu'elle fait de la passion qu'elle a, chevillée au corps d'écrire. Les pages qu'elle consacre à sa visite en France, en particulier à celle du Musée Arthur Rimbaud, sont extrêmement touchantes. Et le portrait en contre-point de Robert Mapplethorpe, photographe génial, l'est tout autant. On assiste d'ailleurs à sa naissance en tant que photographe, c'est sur elle qui teste ces premiers essais photographiques, ces fameux noirs et blancs (dont la pochette de Horses en est un exemple emblématique) qui avec ses photos de nus puis de fleur feront de lui un artiste reconnu.
Dans ce livre plane aussi l'ombre des absents, ceux qui ont laissé de beaux cadavres de 27 ans (Hendrix, Joplin, Jones et Morrisson) et Warhol, figure tutélaire peu croisée finalement mais omniprésent. Just a Kid est un livre passionnant, de ceux qui se lisent d'une traite. Sans hésitation.
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