
Radiohead - The King Of Limbs (2011, Autoproduit, 37 mns)
Eric F.
Il y aura au moins eu un point positif concernant The King Of Limbs : l'annonce de sa sortie à peine une semaine à l'avance nous aura évité les longs palabres de fans sur la question pendant une période qui aurait forcément paru interminable. Et le groupe d'assurer le sacro-saint buzz, une fois de plus : la sortie du disque se fait le vendredi alors qu'elle était annoncée le lendemain, vous vous rendez compte ?!? Blague à part, on passera sur le fait que le groupe ai cette fois-ci fixé les prix pour les différentes versions numériques du disque qu'il propose. On sait parfaitement, de toute façon, que The King Of Limbs finira bien par sortir en version "physique" un jour ou l'autre.
Si l'approche du groupe en termes de marketing confirme qu'ils ne sont pas les génies novateurs qu'on présentait à l'époque d'In Rainbows, une écoute de ce disque nous fera également nous poser des questions quant au prétendu statut de groupe le plus captivant du monde de Radiohead. The King Of Limbs est un album qui donne bien le tournis, à l'image de son Bloom introductif dont on ne sait absolument pas où il souhaite aller. Perdue au milieu d'un effarant marasme sonore sans queue ni tête, la voix de Thom Yorke surnage à grand peine. On se demande d'ailleurs bien ce qu' Ed O'Brien et Johnny Greenwood ont pu faire pendant les sessions d'enregistrement tant leurs Rickenbacker et Telecaster semblent avoir été mises au placard. ("A tout jamais? Oh purée, il y a des arpèges sur Separator ! Tiens, c'est vrai que Radiohead avec des six cordes ça peut être sympa".) De là à voir ce nouveau Radiohead comme une suite au The Eraser de Thom Yorke, il n'y à qu'un pas...
C'est peut être ici que se fait la différence avec les autres albums du groupe : il devient enfin acceptable d'oser s'élever contre le monument, jusque là intouchable. Il faut dire que le clip de Lotus Flower aura quelque peu tendu la perche : la vidéo (en noir et blanc et focalisée sur un Thom Yorke plutôt risible) n'aura pas aidé à présenter The King Of Limbs sous son meilleur jour. Que les Inrocks titrent "Tout ça pour ça" au sujet de ce nouvel album en dit d'ailleurs assez long sur cette nouvelle mode qui consiste à cracher sur les idoles. ..
A force de vouloir explorer des pistes variées et de refuser de se cantonner au simple rôle d'excellent groupe de rock pour stades, Radiohead s'est par la même condamné à expérimenter sans relâche, pour mieux se réinventer. Bien sûr, le sans-faute est quasi impossible dans ce périlleux exercice. The King Of Limbs a donc le mérite de nous rendre les cinq d'Oxford un peu plus humains, du moins les faire descendre de leur piédestal, trop grand pour eux.
Un morceau comme Codex laisse quand même à penser qu'en penchant vers une veine minimaliste (on oserait presque le terme "slowcore"), Radiohead aurait vraiment pu se révolutionner et encore mieux enfoncer le clou sur scène. Hélas, il faut également compter sur des horreurs comme Feral (pour n'en nommer qu'un) qui semblent basées sur une demie mauvaise idée, répétée jusqu'à plus soif. Tant pis pour l'esquisse de quelque chose de palpable le temps de Give Up The Ghost...
On ne sait donc toujours pas si ce disque s'accompagnera au mieux de beaucoup de psychotropes ou d'aspirine (voire les deux) mais on comprend peut être mieux le fait que ce brave tâcheron de Phil Selway y soit allé de son album solo, histoire de prouver qu'au moins un membre de Radiohead sait toujours écrire des chansons en 2011.
Si The King Of Limbs propose de bonnes idées, on ne peut que regretter que celles-ci n'aient été réunies, histoire de nous donner de bons morceaux. A la place, elles terminent tellement éparpillées les unes par rapport aux autres qu'elles en deviennent une simple allégorie qualifiant l'album. Qu'il est difficile de détester (non, vraiment) mais qui laisse tout de même fortement dubitatif sur sa pertinence. "Tout ça pour ça", oui...
01. Bloom
02. Morning Mr Magpie
03 Little By Little
04. Feral
05. Lotus Flower
06. Codex
07. Give Up The Ghost
08. Separator
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