lundi 21 mars 2011

Wassup rockers (sur le nouveau tome de la série Locas)

Jaime Hernandez-Locas Tome 4 : Maggie Chascarillo et Hopey Glass (Delcourt-2010-348 pages)
Nathalie L.

On ne dira jamais assez combien la maison d'édition Fantagraphic a révolutionné le monde de la bande dessinée, imposant une esthétique décalée, une liberté narrative inédite, et ce depuis plus de 40 ans. La plupart de mes auteurs préférés y ont été publiés, entre autres Daniel Clowes, Charles Burns, Peter Bagge, Joe Sacco, parfois sous forme de comics. On pourra noter par ailleurs le premier comics grunge, Hate, compilé en français sous les titres "Retour à Seattle" puis "Retour à Los-Angeles".
L'extraordinaire comics Love and Rockets, écrit à 4 mains, par deux frères, Gilbert et Jaime Hernandez, entre 1982 et 1996, fait partie de cette incroyable écurie. Après des années de rééditions erratiques, Delcourt s'est attaché à les republier en leur donnant une cohérence d'ensemble : d'un côté Palomar puis Luba, série écrite par Gilbert et de l'autre, Locas, écrite par Jaime. Les deux frères, s'ils partagent quelques passions communes (la magie, le catch féminin, la science-fiction), et si leurs personnages centraux sont des femmes, déploient leurs histoires dans des univers différents.
Ainsi, la série de Gilbert, raconte l'histoire de Luba, incarnation de tous les fantasmes masculins, dans un village imaginaire d'Amérique Centrale, Palomar, dans les années 50.
Ma préférence va à l'univers de Jaime, dont les histoires complexes (la chronologie des événements est souvent farfelue) et décomplexées se déploient dans une banlieue hispanique de Los Angeles à la fin des années 70. On retrouve deux jeunes femmes à différents moments de leur vie. Maggie est une bomba latina qui rêve de devenir mécano et Hopey, une punkette lesbienne irascible (qui a dû inspirer d'ailleurs le personnage de Shane dans l'excellente série L-Word), prête à toutes les expériences. Leur amitié indéfectible et volcanique est au cœur de ce récit fleuve et chaotique.
Les protagonistes de Locas vivent dans un monde affranchi de la morale bourgeoise, la bisexualité est de règle, toute personne est acceptée dans son humanité, qu'elle soit transgenre, perverse ou simplement ingénue. Jaime Hernandez explore au travers de leurs pérégrinations, la passion amoureuse, l'amitié, le doute existentiel, le tout sur un double fond, social déjà (la pauvreté des banlieues hispaniques de LA), musical ensuite. Les héroïnes de Locas prennent de plein fouet l'explosion du punk à la fin des années 70, plus précisément le hardcore séminal autour de Black Flag et Bad Brains et cela modifie profondément le cours de leur vie.
La lecture des 1000 pages des 4 tomes de Locas laisse planer une sorte d'insoutenable légèreté, celle-là même décrite dans les films de Larry Clark. Il y a entre les deux univers, même s'ils ne sont pas contemporains l'un de l'autre d'évidentes proximités.
L'ensemble est enfin servi par un dessin en noir et blanc très graphique et très sensuel qui s'attache à magnifier ces femmes qui sont les personnages centraux de cette œuvre hors norme et exigeante, qu'il faudra prendre le temps de lire.

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