
The Wire, saison 2, à partir du 30 avril, sur France Ô
Nathalie L.
L'exotique chaîne France Ô a la bonne idée de rediffuser The Wire, la seconde saison démarrera en cette fin du mois d'avril. Entre 2002 et 2008, cette série, produite par HBO, a fait les belles heures de Canal + puis de Canal Jimmy. Son destin est assez inédit, passée un peu inaperçue à l'époque de sa diffusion sur la chaîne cryptée, elle est aujourd'hui considérée comme une des meilleures séries jamais réalisées, avis que je partage largement.
David Simmons, créateur de la série, s'était déjà fait les dents sur deux autres cop-show, dont Homicide, mais les racines de The Wire sont à chercher du côté de The Corner, coécrite avec Ed Burns, ancien policier devenu enseignant. L'action de The Corner se situe à Fayette Street, épicentre d'un des quartiers les plus pauvres de Baltimore, rongé par la drogue. David Simmons et Ed Burns, au péril de leur vie, y resteront un an afin de mieux comprendre la mécanique d'ensemble. Ce travail entomologique aura largement contribué à poser les bases de The Wire.
David Simmons, créateur de la série, s'était déjà fait les dents sur deux autres cop-show, dont Homicide, mais les racines de The Wire sont à chercher du côté de The Corner, coécrite avec Ed Burns, ancien policier devenu enseignant. L'action de The Corner se situe à Fayette Street, épicentre d'un des quartiers les plus pauvres de Baltimore, rongé par la drogue. David Simmons et Ed Burns, au péril de leur vie, y resteront un an afin de mieux comprendre la mécanique d'ensemble. Ce travail entomologique aura largement contribué à poser les bases de The Wire.
Complété par des scénaristes, véritables pointures du polar à ancrage social et urbain (Denis Lehanne et Georges Pelecanos), cette série se caractérise par 60 épisodes conçus comme 60 films d'une heure.
Si The Wire n'est pas un cop-show comme les autres (même si on reverra avec plaisir le "ellroyen" New York Police Blues), c'est avant tout parce que ce n'en est pas un : bien sûr, le noyau central est une unité de la police de Baltimore, et le fil conducteur en est des écoutes complexes mises en œuvre pour démanteler un réseau de dealers. Mais The Wire est avant tout une incroyable fresque sociale dont l'acteur principal est la ville de Baltimore, 700 000 habitants, 350 000 chômeurs, 1 meurtre par jour, sa police, ses médias, ses écoles, ses docks, sa vie politique. En un mot, une tragédie grecque où le monde moderne est dominé par des forces qui le dépassent.
Les deux autres caractéristiques principales à mon sens de cette série, en tentant des comparaisons, c'est qu'il n'y aucune forme de décalage et aucune rédemption au final. Ainsi, si David Chase introduisait dans le monde des maffieux un élément perturbateur et fondateur (la dépression de Tony Soprano) et faisait ainsi dériver la série, The Wire est profondément ancrée dans le réel. C'est une série politique en ce sens, elle parle de la vie de la Cité comme elle est, aucun décalage romancé n'est introduit. Quand à Steven Boccho, pendant 12 saisons, il met en scène la rédemption de son personnage principal, Andy Sipowicz, flic alcoolique et raciste dont il finit par faire une sorte de sage statufié par son passé. Mais dans the Wire, aucune rédemption n'est possible, si les personnages principaux, dont Jimmy McNulty en tête, sont des hommes de principes, ils sont aussi prêts à toutes les compromissions en fonction du contexte. Et les compromissions se paient toutes d'une manière ou d'une autre.
Si The Wire n'est pas un cop-show comme les autres (même si on reverra avec plaisir le "ellroyen" New York Police Blues), c'est avant tout parce que ce n'en est pas un : bien sûr, le noyau central est une unité de la police de Baltimore, et le fil conducteur en est des écoutes complexes mises en œuvre pour démanteler un réseau de dealers. Mais The Wire est avant tout une incroyable fresque sociale dont l'acteur principal est la ville de Baltimore, 700 000 habitants, 350 000 chômeurs, 1 meurtre par jour, sa police, ses médias, ses écoles, ses docks, sa vie politique. En un mot, une tragédie grecque où le monde moderne est dominé par des forces qui le dépassent.
Les deux autres caractéristiques principales à mon sens de cette série, en tentant des comparaisons, c'est qu'il n'y aucune forme de décalage et aucune rédemption au final. Ainsi, si David Chase introduisait dans le monde des maffieux un élément perturbateur et fondateur (la dépression de Tony Soprano) et faisait ainsi dériver la série, The Wire est profondément ancrée dans le réel. C'est une série politique en ce sens, elle parle de la vie de la Cité comme elle est, aucun décalage romancé n'est introduit. Quand à Steven Boccho, pendant 12 saisons, il met en scène la rédemption de son personnage principal, Andy Sipowicz, flic alcoolique et raciste dont il finit par faire une sorte de sage statufié par son passé. Mais dans the Wire, aucune rédemption n'est possible, si les personnages principaux, dont Jimmy McNulty en tête, sont des hommes de principes, ils sont aussi prêts à toutes les compromissions en fonction du contexte. Et les compromissions se paient toutes d'une manière ou d'une autre.
Chaque saison déploie de manière pointilliste un nouvel élément de contexte : ainsi, la saison 2 décrit de manière passionnante la vie des dockers, de leurs engagements politiques, du chômage, des magouilles pour simplement joindre les deux bouts.
Et puis quelle galerie de personnages extraordinaires traitée sans aucun manichéisme... chez les gangsters déjà avec le gang d'Avon Barksdale, ganster à l'ancienne, patron du deal sur Lafayette's Corner, Stringer qui prend des cours de marketing pour mieux gérer le business (les réunions des dealer façon business-plan sont un bonheur)... chez les flics ensuite, Jimmy McNulty, séducteur impénitent, alcoolique notoire, inspecteur brillant, le délicat et cérébral Lester, magicien des écoutes... chez les inclassables ensuite, les deux figures emblématiques que sont Bubble, clochard céleste, et Omar, sorte de robin des villes, noir, gay, au visage balafré, personnage de western avec sa longue veste et son fusil, dévalisant les dealers... Je n'ai jamais rencontré dans une série deux personnages aussi inoubliables que ces deux là.
The Wire est une série brillante, scénario, réalisation, interprétation. Et exigeante, on peut ainsi au début être déstabilisé par la lenteur, et avoir même un peu de mal à pénétrer cette univers complexe (peut-être à force de consommer des séries easy-reading comme HBO et Showtime en produisent au kilomètre). Ne ratez cependant pas cette rediffusion et laissez vous porter par le morceau Down In The Hole, de Tom Waits, générique si bien assorti à cette série qui vous marquera probablement durablement.Et puis quelle galerie de personnages extraordinaires traitée sans aucun manichéisme... chez les gangsters déjà avec le gang d'Avon Barksdale, ganster à l'ancienne, patron du deal sur Lafayette's Corner, Stringer qui prend des cours de marketing pour mieux gérer le business (les réunions des dealer façon business-plan sont un bonheur)... chez les flics ensuite, Jimmy McNulty, séducteur impénitent, alcoolique notoire, inspecteur brillant, le délicat et cérébral Lester, magicien des écoutes... chez les inclassables ensuite, les deux figures emblématiques que sont Bubble, clochard céleste, et Omar, sorte de robin des villes, noir, gay, au visage balafré, personnage de western avec sa longue veste et son fusil, dévalisant les dealers... Je n'ai jamais rencontré dans une série deux personnages aussi inoubliables que ces deux là.
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