mardi 8 mars 2011

Wye Oak - Civilian (2011, Merge)

Wye Oak - Civilian (2011, Merge, 38 mns)
Eric F.

Ces derniers mois, j'ai eu une tendance presque maladive à considérer Wye Oak comme le meilleur groupe du monde. La faute à deux albums impeccables (If Children et The Knot) et surtout à un Civilian affolant de brillance, l'attente avant la sortie de ce nouvel album fût douloureusement longue. Quelques concerts glanés sur le net fûrent rassurants quant à la qualité des nouveaux morceaux du groupe et rassasièrent autant que faire se peut cette impatience chronique.

Seulement voilà, il n'était pas prévu que Wye Oak prenne autant le contre-pied de son expression scénique sur cet album globalement assez posé, et surtout très produit. Wye Oak est un groupe qui de par sa configuartion live (l'impressionant Andy Stack jouant à la fois de la batterie et les notes de basse sur un clavier tandis que sa compagne Jenn Wasner chante et joue de la guitare) est obligé de trancher dans le vif, de rester le plus près possible de l'os. Ici, les deux tourtereaux semblent avoir voulu expérimenter avec les sons, et surtout les différentes pistes qu'offraient leurs chansons, comme pour profiter au maximum de cet océan de possibilités.
Autant être franc, les choix retenus ne sont pas forcément les plus judicieux, comme sur un The Alter où le bouquet final aura été réservé au clavier plus qu'à la guitare électrique, pourtant formidable lorsqu'il s'agit de partir dans des embardées noisy. Si le morceau auquel il succède (Two Small Deaths) est plus que décevant, Civilian prend définitivement sa vitesse de croisière le temps qu'Holy Holy et Dog Eyes s'enchainent. Holy Holy prouve d'ailleurs très bien qu'avec son ralentissement, le duo n'avait pas laissé toutes ses bonnes idées au vestiaire. Moins accrocheur dans un premier temps, Dog Eyes est quant à lui tiré de ses douces rêveries par un improbable riff sorti de nulle part et dopé à la testostérone.
On arrive ensuite à Civilian, qui mériterait facilement une chronique entière à lui tout seul. Implacablement crescendo (Neil Young en jupe sur le final, totalement jouissif), ce fascinant morceau laisse à penser qu'il agit comme un manifeste de la chanson parfaite selon Wye Oak, l'incroyable qualité d'écriture de Jenn Wasner finissant de l'installer parmi ses idoles (Smog, Silver Jews ou encore Yo La Tengo, pour n'en citer que quelques uns.) Le problème est que Civilian a le malencontreux tort de placer la barre bien trop haute pour la suite du disque qui n'arrive pas à atteindre le niveau de ce bijou à l'intelligence indiscutable (le groupe a dû gagner un sacré paquet de fans à la simple écoute de ce titre.)
Civilian n'en est pas pour autant un disque raté, loin de là. Le sentiment d'apaisement qui s'en dégage est parfois délicieux (le dépouillé Doubt) et fait parfois penser au Lisbon des Walkmen, dans sa façon de refuser de se livrer à un rock frontal, presque trop évident. On retiendra également que Plains aurait largement pu s'imposer sur un des derniers albums de Shannon Wright. We Were Wealth mettera quant à lui ses atouts mélodiques en avant par un final enlevé et presque salutaire. Seul Fish peinera à convaincre, à l'image de Two Small Deaths lors de la première partie du disque, qui aurait donc eu une toute autre allure s'il avait été resserré sur huit tires.

Si on ne tient finalement peut être pas notre disque de l'année (quoique), on n'enlèvera pas à Civilian d'être une excellent disque qui n'est pas passé bien loin de quelque chose de très grand. En considérant la marge de progression de Wye Oak, il y a fort à parier que ces deux-là nous offriront encore de magnifiques moments pendant encore bien des années.

01. Two Small Deaths
02. The Alter
03. Holy Holy
04. Dog Eyes
05. Civilian
06. Fish
07. Plains
08. Hot As Day
09. We Were Wealth
10. Doubt

Le site de Wye Oak



1 commentaire:

Unknown a dit…

Après plusieurs écoutes, je ne suis pas si déçu que ça de cet album! Il y a tout de même de très bon morceaux! Comme par exemple, tu le soulignes, "Dog Eyes"!

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